Habitat

Foncier : le gouvernement lève progressivement le gel des chantiers à Dakar, Thiès et Saint-Louis

Après près de deux ans de suspension, les propriétaires de titres fonciers réguliers pourront reprendre leurs travaux de construction dans plusieurs zones de Dakar, Thiès et Saint-Louis. Une décision gouvernementale « progressive et strictement encadrée » qui vise à assainir le secteur d’ici fin 2026, entre régularisations et annulations de plans d’urbanisme.

Un desserrement encadré des restrictions foncières

Le gouvernement sénégalais amorce un tournant dans la gestion du dossier foncier. Selon des informations rapportées par le quotidien L’As, les autorités ont décidé de lever progressivement les restrictions pesant sur plusieurs lotissements suspendus à Dakar, Thiès et Saint-Louis. Concrètement, les détenteurs de titres fonciers reconnus réguliers pourront reprendre leurs travaux de construction, actuellement bloqués.

Le journal Les Echos qualifie cette main levée de « progressive et strictement encadrée », une formulation confirmée par l’Agence de presse sénégalaise (APS). Le message est clair : seuls les propriétaires en règle sont concernés, et non l’ensemble des occupants des zones gelées. Les autorités affichent leur volonté de maintenir une vigilance accrue face aux occupations irrégulières et aux pratiques spéculatives qui gangrènent le secteur depuis plusieurs années.

Une décision héritée des audits fonciers de 2024

Cette levée partielle des restrictions ne sort pas de nulle part. Elle fait suite aux audits fonciers menés il y a près de deux ans, qui avaient débouché sur le gel de plusieurs Plans d’urbanisme de détail (PUD) et pôles urbains dans les trois régions concernées. Un comité avait alors été chargé de suivre les recommandations issues de ces contrôles, avec pour nouvelle mission d’accélérer les procédures de régularisation.

Selon Le Quotidien, la Primature s’est fixé une échéance précise : fin 2026 pour « assainir le secteur ». La méthode retenue combine deux volets distincts : d’un côté, la régularisation des propriétaires de bonne foi, dont les titres sont jugés conformes ; de l’autre, l’annulation de plans d’urbanisme pour cause d’utilité publique, lorsque les projets ne respectent pas les règles en vigueur.

Un contexte de tensions persistantes sur le foncier

Cette annonce intervient alors que la question foncière reste un sujet sensible au Sénégal. En mai dernier, des familles détentrices de droits coutumiers sur la Bande Verte, à Yoff, avaient publiquement réclamé une accélération de la régularisation de leurs terrains — un dossier resté bloqué depuis plusieurs générations.

Le foncier fait également l’objet de critiques récurrentes de la part de certains élus. Le député Guy Marius Sagna a ainsi dénoncé à plusieurs reprises ce qu’il qualifie de « mafia foncière », pointant du doigt les menaces pesant sur les terres agricoles de la banlieue dakaroise.

Un chantier d’assainissement à surveiller d’ici fin 2026

La démarche gouvernementale s’inscrit donc dans une logique de clarification globale du secteur foncier, avec un calendrier resserré. D’ici la fin de l’année 2026, la Primature entend avoir traité l’ensemble des dossiers en instance, entre régularisations accordées aux propriétaires en règle et annulations pour les projets jugés irréguliers ou contraires à l’intérêt public.

Reste à savoir si ce calendrier sera tenu, et surtout comment les critères de « conformité » des titres seront appliqués sur le terrain, dans un contexte où la confiance entre citoyens détenteurs de droits fonciers et administration reste fragile.