L’élimination du Sénégal face à la Belgique en seizième de finale du Mondial 2026 n’est pas seulement sportive. Selon une analyse approfondie du journaliste Romain Molina, spécialiste des coulisses du football mondial, c’est l’ensemble de l’organisation autour des Lions de la Teranga qui s’est révélée défaillante, des bureaux de la fédération jusqu’au vestiaire.
Une fédération au bord de l’implosion
Le premier dysfonctionnement pointé par Romain Molina est institutionnel. La Fédération sénégalaise de football est décrite comme profondément désorganisée, traversée par des tensions majeures entre le comité exécutif et le staff technique. L’épisode le plus révélateur reste la situation contractuelle de Pape Thiaw : le sélectionneur national aurait menacé de quitter ses fonctions quelques heures seulement avant le match contre la Norvège, faute d’avoir obtenu un contrat signé. Un comble pour une sélection engagée dans la plus grande compétition planétaire.
Hervé Renard dans les cartons de la fédération
Derrière cette impasse contractuelle se cachait en réalité une stratégie plus trouble. Selon Romain Molina, des responsables au sein de la fédération ne souhaitaient pas prolonger l’aventure avec Pape Thiaw et lorgnaient vers Hervé Renard pour lui succéder. L’idée aurait été d’attendre le premier faux pas du sélectionneur pour justifier son éviction et installer le technicien français à sa place, une manœuvre qui n’aurait pas été ignorée des cercles décisionnaires locaux.
Une délégation pléthorique et un professionnalisme en question
Au-delà des tensions au sommet, c’est l’attitude générale des dirigeants qui est épinglée. Romain Molina dénonce une gestion qualifiée de dispendieuse, avec une délégation surdimensionnée, une logistique approximative et la présence de personnes extérieures au staff au sein du dispositif officiel. Des manquements qui ont alimenté un sentiment de désordre et ont pesé sur la préparation quotidienne de l’équipe.
Des cadres influents, des jeunes frustrés
À l’intérieur du groupe, l’ambiance n’était pas meilleure. Les choix de sélection ont fait l’objet de pressions de la part de certains joueurs établis, notamment dans le cas de Chérif Ndiaye. Ces interférences ont généré des frustrations chez les éléments plus jeunes, creusant progressivement un fossé entre différentes factions du vestiaire. L’humilité collective a également fait défaut face à la Norvège, ce que l’ampleur de la défaite a ensuite illustré de façon cinglante.
Une scission irréparable entre staff et joueurs
La crise la plus profonde est peut-être celle qui s’est installée entre le sélectionneur et une partie de son groupe. La légitimité de Pape Thiaw s’est progressivement effritée, des clans se sont formés, et la cohésion qui avait permis au Sénégal de remporter la CAN a volé en éclats. Si certains joueurs comme Ismaïla Sarr sont présentés comme irréprochables sur le plan de l’attitude et de l’engagement, leur exemplarité individuelle n’a pas suffi à compenser une faillite collective trop profonde pour être masquée par les seuls résultats du terrain.
